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L’étalement urbain, une hérésie

L’urbanisation effrénée que connaît la France a de nombreux effets. Sur les centres-villes, mais aussi sur l’efficacité des déplacements de personnes et la livraison des marchandises.

Tous les 10 ans, nous consommons en urbanisation l’équivalent d’un département français. Les terrains rendus artificiels (routes, urbanisation, équipements) représentent près de 10 % de la superficie de la France et s’étendent régulièrement. Ce phénomène n’est pas nouveau ni spécifique à la France. Il atteint toutefois une progression inquiétante, dont nous mesurons mal les effets.

Une part de l’urbanisation est assimilée au phénomène d’étalement urbain. La population urbaine s’est accrue et atteint en France près de 80 % de la population . Cette croissance urbaine justifie à elle seule une consommation d’espaces.

Les aires urbaines occupent 22 % de l’ensemble du territoire. Mais le phénomène ne se limite pas à la croissance naturelle de la population des villes. Il touche à la densité urbaine, qui s’est réduite de plus d’un tiers en 50 ans.

France des pavillons et des zones commerciales

C’est le résultat du modèle pavillonnaire, tant apprécié des Français, qui s’est développé partout sur le territoire, parfois en remplacement des immeubles d’habitation. C’est aussi le résultat du développement des zones commerciales périphériques. Entre 2000 et 2016, la croissance des surfaces commerciales en France a été de 3 % par an alors que le PIB n’a augmenté que de 1,5 %.

Plus grave, ce phénomène d’urbanisation ne concerne pas seulement les grandes agglomérations. Les petites et moyennes villes, les bourgs et villages connaissent souvent cette situation avec encore plus d’acuité. Ce sont en effet ces villes qui souffrent d’une désertification des centres au profit de la périphérie.

Plusieurs conséquences

L’urbanisation a tout d’abord des conséquences sur les surfaces dédiées à l’agriculture ou aux espaces naturels. La surface agricole utile décroit depuis plusieurs décennies. En 10 ans, la France a perdu 687.000 hectares de terres agricoles.

L’étalement urbain a des conséquences économiques et environnementales souvent oubliées. Il nécessite l’extension de réseaux techniques et de voies de communication. Il impose des dessertes en transport en commun de plus en plus loin des centres-villes. Nous oublions souvent qu’il a un impact direct sur la productivité urbaine. Productivité des déplacements de personnes, mais aussi productivité de la mobilité des marchandises.

Plus une ville s’étale, moins la distribution des marchandises est efficace. Ce phénomène est assez simple et peut s’appliquer aux livraisons de colis à domicile (l’e-commerce connaît une croissance de plus de 15 % par an), mais aussi aux livraisons de commerces ou d’entreprises.

Cette inefficacité urbaine a un coût environnemental et sanitaire. Pour ce qui concerne les marchandises, l’impact sur les émissions de gaz à effet de serre est accru par ces déplacements. L’impact sur les émissions de particules fines dans les agglomérations, est lui aussi une réalité.

La logistique urbaine consiste à mieux organiser les flux de marchandises dans une ville, à réduire leur impact environnemental, tout en garantissant des modèles économiques pérennes et un service adapté à l’évolution des villes et de la consommation. Mais la logistique urbaine est fortement dépendante de son environnement, en tout premier lieu urbain.

Réorienter les politiques publiques

Limiter l’étalement urbain sera un des principaux enjeux des prochaines décennies. Cela passera probablement par une réglementation plus restrictive, moins soumise aux aléas et intérêts locaux.

Mieux maîtriser l’extension des villes, des bourgs, des villages, c’est orienter l’action publique vers une mise en valeur des centres-villes, souvent délaissés, une densification urbaine nécessaire et une attractivité nouvelle au détriment de la périphérie.

Les outils à la disposition de l’état et des collectivités locales sont nombreux : documents d’urbanisme, fiscalité sur le carburant, fiscalité locale, orientation des choix d’investissements publics.

Pourquoi créer une nouvelle zone d’activités alors que le centre-ville meurt ? Pourquoi accorder des permis de construire de lotissements alors que les logements en centre-ville ou centre-bourg existent ? Pourquoi étendre des surfaces commerciales alors que le taux de vacance commerciale augmente ? Autant de questions qui placent les acteurs publics, souvent locaux, devant des responsabilités lourdes de conséquences.

Les enjeux publics sont alors de donner des orientations qui vont dans le sens d’une meilleure efficacité de la ville. Le centre-ville dispose de nombreux atouts. Plus attractif pour les jeunes, qui trouvent des facilités de loisirs, pour les personnes âgées, qui trouvent plus facilement services et commerces, il doit maintenant trouver des arguments pour l’attraction des familles.

C’est donc une orientation nécessaire des politiques publiques qui permettra de donner aux centres-villes, centres-bourgs ou centre-villages des atouts afin de rendre la ville plus efficace et plus propre.

Jérôme Libeskind est expert en logistique urbaine et e-commerce.

Retrouvez l’article original sur : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-179675-letalement-urbain-un-lourd-heritage-pour-les-generations-futures-2156546.php

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